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CHASSE AUX THONS DENTS DE CHIEN AUX COMORES: UNE PREMIÈRE.

Date de publication : 2011-11-14



À peine rentré d'un récent voyage aux îles Comores , l' occasion donc de partager un bref compte-rendu de ce séjour de chasse sous marine dans le grand bleu.
Il est difficile de résumer ce séjour vers une destination de plongée plutôt rare/ exotique et inhabituelle.
Inhabituelle, pourquoi? Probablement parce que cette ex-colonie française est un des pays les plus pauvres du monde qui a une longue histoire d'instabilité politique faite de coups d'état militaires répétitifs. Y faire du tourisme n'est pas facile. De surcroît la grande Comores a le volcan le plus actif au monde et dont l'éruption la plus récente date de 2005!
Chaleur et humidité extrême (le début de la saison des pluies), paludisme, eau et électricité dans la capitale le soir seulement, essence rationnée.. un haut degré de corruption font de ce voyage une épreuve.
Malgré le fait que ce séjour est préparé depuis plusieurs mois et à l'aide d'amis fiables sur place, je sentais chaque jour mon capital de patience et de ténacité fondre au soleil!
J'ai pu trouver et louer le seul bateau de "pêche sportive" disponible  sur l'île Grande Comore: un vieux bateau démuni de tout équipement (pas d'ancre, pas d'équipement de sécurité..), mais suffisamment puissant pour me permettre de me rendre loin de la côte.
Les Comores sont faites de 3 îles la grande Comore, Moheli et Anjouan. J'avais fait un séjour À Mayotte (devenu département français) en octobre 2009.
Octobre/ novembre est la meilleure saison de pêche des thons à dent de chien à cause de la reproduction (les femelles sont les plus gros spécimens au milieu de petits bancs). Sur place le poisson est appelé "thon blanc".

Des amis m'avaient parlé d'un spot de plongée exceptionnel situé à une quinzaine de miles de la côte et intitulé "Mwamba Raya".
Il s'agit d'un récif sous marin d'une dizaine de miles carré au sommet d' un volcan sous-marin haut de 2500m et qui rejoint la surface à une quinzaine de mètres de profondeur à marée basse. Tout autour de ce banc un tombant descent brusquement vers les abysses... au moment ou vous plongez prés du tombant et dans l'eau bleu foncé cela peut donner le vertige. Sur le récif l'eau est cristalline et la visibilité excellente. Sur le banc la zone est nettoyée, ce aprés des décennies de pêche intensive en utilisant explosifs, poisons végétaux et en chassant intensivement les petits poissons du récif jusqu'au dernier (quoique les pêcheurs locaux ne plongent pas sur le tombant car ils ont une peur ancestrale des requins)
Pendant les premiers jours j'ai dû improviser tout en essayant de repérer de la surface le tombant: une étroite limite entre l'eau turquoise et l'eau bleue foncé de la pleine eau. Repérer du poisson fourrage de couleur jaune est un bon indice. Le courant y est particulièrement fort à plus de 5 noeuds de sorte qu'il fait rapidement dériver le chasseur vers l'exterieur du banc.
Le principal objectif de mon expédition est de chasser le thon à dent de chien pélagique que vous ne trouverez qu'au sommet du tombant à une vingtaine de mètres de profondeur jusqu'aux abysses.. et en raison du courant chaque plongée durait une couple de minutes: juste le temps de localiser le poisson dans les profondeurs (ou non), de plonger et de tenter une approche du thon.


Comme d'habitude ils patrouillent lentement prés du fond vers 25m. Leur comportement vis à vis du chasseur est fait d' un mélange de méfiance et de curiosité. Comme d'autres prédateurs il se montrent sûrs de leur pouvoir sur les proies... trop sûr au point que parfois ils viennent brièvement visiter le chasseur. Ces poissons grégaires contrôlent probablement un territoire de chasse "privé".

Une fois tiré ces poissons sont bien plus puissants et resistants à grandeur égale que les autres espèces de thons. Ils décollent directement vers le fond et tente de casser le bungee dans les rochers.

J'ai pû capturer quelques thons de taille moyenne de 30 à 40 kg et perdu un thon de plus de 70kg. Le poisson a disparu dans les abysses et cassé un cable d'acier gainé de 2,5mm de section en nageant rapidement au milieu des rochers du tombant. Le bungee était trop long... Choisir une bonne longueur bungee+cable de la flèche est un dilemme:
-trop long (plus de 30m) cela peut accroître le risque de perdre le poisson qui viendra s'enchevetrer avec le matériel dans le corail et favoriser l'attaque par les requins de récif.
-trop court (moins de 25 m) au moment de plonger vous devez tirer en vain sur le bungee et le sysytéme de flotaison qui dérive en surface.
Avant de tirer le thon il faut toujours évaluer la position de son corps par rapport au poisson et au bungee: un poisson de plus de 30 kg est capable de vous tuer en emportant le chasseur enchevêtré dans le bungee vers les profondeurs.
Au cours des premiers jours j'ai perdu les deux bungee que j'avais amené, détruits par les deux hélices du bateau en raison de l'inexpérience du capitaine vis à vis des effets du courant.
Au cours des derniers jours j'ai pû avoir un coup de main par un pêcheur local et expérimenté, M"Ze
.

Il me guida lors d'une expédition autour de la magnifique île de Mohéli qui possède un parc marin.
Il m'apprit combien le trafic d'ailerons de requins, le braconnage de tortues et autres éléments e la faune sous marine, harponner et manger des dauphins sont courants et ont à voir avec la misère et l'ignorance.
La rencontre la plus spectaculaire fût celle d'un banc d'une cinquantaine de grands requins marteau nageant lentement tel une escadrille sous mes palmes, au moment même ou je me tenais en apnée prés du flasher...
Philippe Virgili

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